Faites demi-tour dès que possible

 « Faites demi-tour dès que possible ! ». Que celui qui n’a jamais reçu cette injonction de son GPS lève la main. Bien entendu si vous avez l’habitude de couper le son de votre GPS pour éviter des disputes avec votre conjoint qui ne rate jamais la moindre occasion de vous faire des remarques quand vous êtes au volant, vous n’entendrez pas cette injonction mais vous verrez certainement s’afficher une énorme flèche incurvée sur l’écran de votre GPS

Je n’ai pas du tout l’intention de vous faire un manuel « pour améliorer votre expérience utilisateur du GPS ». Mon propos est d’illustrer le fait qu’à l’image du GPS,  nous construisons notre réalité à partir de notre carte du monde et des images que nous avons conservées dans notre mémoire. Quand le GPS détecte que nous sommes hors de la route qu’il a calculée, il nous demande de faire demi-tour pour revenir sur le droit chemin. Il arrive aussi qu’il nous demande de rebrousser chemin alors que nous sommes certains d’être sur la bonne voie. Quand la carte de notre GPS n’est pas à jour, il peut nous arriver des déconvenues parfois très risquées. Imaginez que vous êtes dans une ville que vous ne connaissez pas et que le GPS vous fait tourner en rond car la sortie qu’il vous indique n’existe plus et qu’il n’arrive pas à calculer un nouvel itinéraire !

Nous réagissons à des évènements de la vie courante et nous prenons des décisions en nous basant sur notre représentation du contexte et de l’environnement sans parfois nous rendre compte que les choses ont évolué et qu’une mise à jour s’impose.  Nos représentations intérieures, qu’elles soient innées ou construites, déterminent nos choix de vie et nos relations.

« La carte n’est pas le territoire » est le premier présupposé de la Programmation Neurolinguistique (PNL) qui m’a séduit à mes débuts. Et je ne cesse d’expérimenter ce principe. Il m’arrive parfois de prendre ma représentation de la réalité pour LA réalité. La dernière fois que cela m’est arrivé c’était au mois de mars 2017. Je possèdais à cette époque une petite chambre de bonne dans le 18ème arrondissement de Paris. Cela faisait presque 4 années que cette pièce était vide et ma dernière visite sur place datait de 2015. Il me fallait absolument aller sur place me rendre compte de l’état dans lequel elle était. J’y suis donc allé un jour pluvieux du mois de mars. En arrivant au 5ème étage, essoufflé, je fus surpris de constater que tout avait été refait à neuf : les murs étaient repeints en blanc, le plancher du couloir était restauré, des toilettes ont été aménagées à gauche en sortant de l’escalier, juste avant l’endroit où devait se trouver la porte de ma chambre de bonne. Oui, je dis bien « devait »  car à la place de la porte de ma chambre, il y avait une espèce de plaque métallique peinte également en blanc comme le reste du couloir. Il n’y avait aucune trace de serrure sur cette plaque. La porte de la chambre d’à côté était, elle, très reconnaissable malgré sa peinture blanche.   Mon sang ne fit qu’un tour : ma chambre avait été annexée à celle d’à côté ! J’étais furieux et je bouillais de rage. Aucune trace de serrure pour introduire la clé. Je frappai à la porte de la chambre d’à côté. Aucune réponse. Il fallait que j’agisse ! Et vite. J’ai appelé la police pour m’entendre dire que la police ne pouvait intervenir qu’en flagrant délit. Et au commissariat le plus proche, il m’était impossible de déposer une plaine pour occupation illégale  car je n’avais pas mon titre de propriété sur moi.  Que faire ? Je suis retourné à ma chambre et j’ai collé un mot sur la porte d’à côté : « Je suis le propriétaire de la chambre que vous occupez. Appelez-moi de toute urgence ».  Quelques minutes plus tard, alors que j’attendais mon train à la gare de l’Est, je reçus un coup de fil d’un numéro que je ne connaissais pas. Cette personne m’indiqua qu’elle était le propriétaire de la chambre d’à côté et qu’elle ne comprenait pas de quoi je parlais. Après quelques minutes de discussion, la conclusion s’imposait d’elle-même : ma chambre n’était pas « squattée ». Cette personne m’expliqua qu’elle n’a jamais annexé ma chambre. Elle a refait le couloir et les toilettes du palier à ses frais car c’était trop sale mais elle n’a pas touché à ma chambre. Je décidai donc d’appeler mon neveu qui avait habité la chambre en dernier et nous primes rendez-vous pour nous retrouver à Paris. Le jour dit, je me rendis à ma chambre et là, mon neveu prit la clé et ouvrit la porte. Il se fait que comme c’était une porte blindée, de l’extérieur elle a juste l’aspect d’une plaque métallique et  la serrure se trouve vers le bas de la porte. La serrure était à moitié cachée par la peinture mais on la distinguait vaguement. J’ai pu ouvrir la porte de la chambre et constater qu’elle n’était pas du tout squattée.

 

J’ai interprété les choses sur la base d’une représentation erronée de la réalité. Encore heureux que je n’ai pas pu porter plainte ! Moralité : il faut parfois mettre à jour sa carte du monde avant de prendre une décision. Mais, me diriez-vous, comment  fait-on pour mettre à jour sa carte du monde ? Vous avez certainement une idée, non ?

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